Comment gérer la frustration quand on est entrepreneur

Tout entrepreneur connaît cette émotion. On la vit tous. Et la plupart apprennent juste à faire avec — parce qu'on nous répète depuis toujours qu'"il faut du temps pour construire les choses", que "la patience est une belle vertu."

Moi, je n'ai jamais réussi à faire avec. Alors j'ai choisi, il y a bien longtemps, de renverser ce statu quo : plutôt que de subir la frustration, j'ai décidé d'en faire un moteur.

Voici comment.

La méthode en 3 étapes pour transformer la frustration en moteur :

1. Accueillir :

Mettre une émotion à l'écart ne fera que la renforcer. Nous sommes en permanence comme un surfeur sur sa planche : parfois on est en contrebas, on ne voit pas l'horizon, parfois on est sur le haut de la vague et on kiffe. C'est cyclique. Refuser la frustration, c'est un peu comme refuser l'automne ou l'hiver : ça n'a pas de sens.

2. Se remettre en question, ajuster, pivoter :

Bref, être dans le mouvement. Sortir du statut de victime, c'est accepter, puis se mettre en mouvement. C'est souvent à ce moment-là que reviennent les phrases entendues dans l'enfance : "à quoi bon t'entêter dans cette voie ?", ou "pourquoi tu choisis toujours ce qui est compliqué ?"

Les reconnaître, c'est déjà commencer à s'en détacher.

3. Rester là :

Continuer de construire un socle solide : du mouvement tous les jours, une alimentation saine, des protéines en quantité suffisante. La vie, c'est un peu comme un train : on est sur le quai, et quand il passe, il faut être prêt. D'ici là, on s'entraîne à faire des bonds.

Plus sérieusement : la frustration peut être saine, si elle est mise en mouvement.

Il ne s'agit pas de la combattre, mais de danser avec elle.

Pourquoi la frustration touche particulièrement les entrepreneurs

Ce que je vis, ce que j'observe aussi chez les entrepreneurs que j'accompagne, c'est que la frustration ne se présente pas toujours là où on l'attend. Elle surgit dans des sphères très simples, des situations très habituelles — celles où on a justement mis en place une stratégie, des actions ajustées, en s'attendant aux résultats escomptés.

Et puis rien ne se passe comme prévu. Les projets n'aboutissent pas. Les décisions ne sont pas suivies de leurs effets.

La réaction naturelle, à ce moment-là : la colère, le désespoir, ou la victimisation.

Aucune des trois ne fonctionne durablement.

Mon propre exemple

Depuis petite, j'ai toujours voulu être ailleurs. Jamais satisfaite, toujours absente du moment présent. À 10 ans, je voulais en avoir 14, pour faire des trucs de grands. À 15 ans, je voulais en avoir 18, pour enfin quitter la campagne et aller faire mes études à Lyon. Chaque été, la dernière semaine de vacances était gâchée, parce que je me projetais déjà dans la rentrée.

Devenue adulte, j'ai compris que j'avais un vrai pouvoir : je pouvais changer de métier, me reconvertir, choisir où vivre, avec un plan d'action et une stratégie. J'ai compris que tout était possible.

Mais ces dernières années, confrontée à des obstacles, la frustration est revenue — dans des sphères où je n'avais pas l'habitude de la croiser. Et j'ai dû réapprendre à appliquer ma propre méthode : accueillir, ajuster, rester.

On peut essayer de mettre une émotion à l'écart autant qu'on veut. Tant qu'elle n'est pas intégrée, la vie se chargera de nous la représenter, jusqu'à ce qu'on puisse enfin passer à autre chose.

Ce qu'il faut retenir

La frustration n'est pas un problème à éliminer. C'est un signal à écouter, puis à mettre en mouvement.

Nous y serons confrontés une quantité de fois dans nos vies d'entrepreneurs : un projet qui n'aboutit pas, une décision qui ne produit pas l'effet attendu, un imprévu qui bouscule tout. Il faut faire avec, et être avec elle, du mieux qu'on peut.

"Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles." — Sénèque

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